samedi 5 mai 2007

Paalam na ho!

En ce surlendemain de la Journée mondiale de la liberté de presse, il est utile de rappeler que celle-ci est menacée aux Philippines, particulièrement à la veille des élections législatives qui se tiendront le 14 mai prochain. Voici un extrait du rapport annuel 2006 de Reporters sans frontières:

« Philippines - Rapport annuel 2006

Sept assassinats et autant de tentatives avortées, les journalistes philippins paient le prix fort pour leur liberté de ton. Malgré un renforcement des moyens dans la lutte contre ces violences, le gouvernement peine à rétablir la confiance. La présidente Gloria Arroyo, affaiblie par divers scandales, a tenté d’empêcher la presse de faire son travail de garde-fou de la démocratie.
Le 29 novembre 2005, l’ancien policier Guillermo Wapile a été condamné à la réclusion à perpétuité pour l’assassinat, en 2002, du journaliste Edgar Damalerio. Cette victoire sur l’impunité a été vite éclipsée par le meurtre, trois jours plus tard, du jeune journaliste de radio George Benaojan sur l’île de Cebu.
Après l’Irak, les Philippines sont le pays le plus dangereux au monde pour les journalistes. Ils y sont assassinés, comme Marlene Esperat, en mars, pour leurs enquêtes sur la corruption, mais également pour leurs critiques virulentes des autorités locales. Ainsi, le journaliste Philip Agustin a été abattu sur ordre du maire de Dingalan qui ne supportait plus ses attaques.
Ces assassinats sont souvent précédés de menaces par SMS ou d’envois de colis macabres. La directrice de publication d’un magazine politique, Glenda Gloria, a reçu à son domicile, en août, une couronne de fleurs funéraires, signée «De vos fidèles amis».
Les politiciens et les fonctionnaires mis en cause par la presse locale emploient d’autres moyens, moins radicaux, pour faire taire les critiques. En 2005, au moins cinq journalistes, dont Raffy Tulfo, auteur de la rubrique «Tirer pour tuer» d’un journal local, ont été condamnés à des peines de prison pour diffamation. Par ailleurs, quatre médias ont été fermés, comme la station dxVR FM qui a vu sa licence retirée, en juillet, par le maire d’une ville de l’île de Mindanao.
Confronté à des guérillas communiste et islamiste, le gouvernement, poussé par l’armée, a inclus dans une loi antiterroriste controversée, l’interdiction faite à la presse d’interviewer les «groupes terroristes». »


Depuis l’arrivée de Gloria Arroyo à la présidence en 2001, les Philippines ont connu une véritable vague d’assassinats : 180 personnes auraient été tuées rien que l’année dernière après avoir critiqué le régime politique. Ces exécutions concernent principalement des journalistes et des sympathisants de la «Nouvelle armée du peuple» (NPA), la branche armée du Parti communiste philippin.
Selon Philip Alston, rapporteur spécial de la Commission des droits de l’homme des Nations unies, l’armée philippine est «largement responsable» de plus de 800 meurtres en six ans. Philip Alston pointe aussi du doigt la présidente Gloria Arroyo. Selon lui, celle-ci laisse s’installer un climat d’impunité presque total vis-à-vis les auteurs de ces exécutions extrajudiciaires.

Les Philippines sont assurément à surveiller et je vous invite à le faire, malgré le peu d'information qu'on retrouve dans les médias à son sujet. Sur ce, je ferme ce blogue en vous remerciant d'avoir suivi mon aventure. Si vous désirez recevoir les articles qui ont été publiés à la suite de ce reportage, vous pouvez me contacter à valsimard@hotmail.com.

Paalam na ho! (Au revoir!)

mercredi 11 avril 2007

Fragile démocratie

Les médias occidentaux parlent peu du contexte politique des Philippines. Meurtres extrajudiciaires, corruption, tentatives de museler la presse, la démocratie demeure fragile dans ce pays depuis la chute de la dictature Marcos en 1986. Je ne pouvais donc quitter ce blogue sans glisser quelques mots sur ce qui se passe là-bas. Je reviendrai plus tard sur les meurtres extrajudiciaires commis par l'armée philippine.
En attendant, je vous invite à lire cet article publié par l'Asia Sentinel, un site qui publie des analyses rédigées par des spécialistes de l’Asie. Pour l'un des pays d'Asie où la presse est la plus libre, c'est inquiétant. À quelques semaines des élections législatives, le présidente Arroyo et son mari multiplient les poursuites en diffamation contre les médias qui traitent des affaires de corruption.

Vous pouvez retrouver l'article intitulé «Manila’s First Gentleman Stirs a Libel Hornet’s Nest» à l'adresse suivante: http://www.asiasentinel.com

samedi 24 mars 2007

Deja la fin

Dans quelques heures se termine mon aventure aux Philippines. Deja. J'aurais encore tellement de choses a vous raconter. Je ne vous ai pas parle des problemes de sante que connaissent les habitants de Payatas, particulierement les enfants. Ni, du projet de relocalisation qui est dans l'air depuis a peine un mois. Si les negociations entre les villes de Quezon City et de Montalban se concluent, les habitants de Lupang Pangako pourraient demenager des juin prochain. Ils seront deplaces a Montalban, a une quinzaine de kilometres de Payatas. Ils devront alors se trouver une nouvelle source de revenus. Quant aux autres familles de Payatas, elles demeureront sur le site.
Le Payatas Operations Group souhaite recuperer le site de l'ancienne montagne de dechets pour puiser le methane contenu dans le sol et produire de l'electricite. Il est tres difficile d'obtenir les details du projet. "C'est en negocation", a repete le president de P.O.G, Jameel Jaymalin.
Avant de quitter les Philippines, j'ai pris quelques jours de vacances a Bohol, une ile au sud de Manille. J'avais besoin de quitter l'air pollue, les bouchons de circulation et les klaxons de Manille. Je vous prive des details et des photos. Ce serait deplace. La vie a Bohol est a l'opposee de la vie a Payatas. Les gens ne sont pas tellement riches. Mais, au moins, ils ont la nature, la mer et l'air pur. Or, dans les deux communautes, on respire la joie de vivre.
Sachez que je ne ferme pas definitivement ce blogue. Il est fort possible que j'y revienne dans quelques jours pour partager avec vous quelques anecdotes philippines.

vendredi 23 mars 2007

Quelques photos de Payatas







Top securite


N'entre pas qui veut au depotoir de Payatas. La seule personne qui peut autoriser les visiteurs a entrer est Jameel Jaymalin, le president du Payatas Operations Group (P.O.G). Je l'ai rencontre il y a quelques jours. Pas de probleme pour aller au sommet de la montage de dechets et pour prendre des photos du site, m'a-t-il dit. J'attendais ce feu vert depuis quelques jours. Sans l'autorisation de ce Monsieur Jaymalin, interdit meme de prendre des photos de la montagne de dechets. Celle que j'ai affichee la semaine derniere a ete prise a l'abri des regards des gardes de securite.
Et ils sont partout les gardes de securite sur le site de P.O.G. En circulant seule dans Lupang Pangako, ils m'ont interpellee. J'avais mon appareil photo a la main. Je ne l'avais, a ce moment-la, meme pas dirige vers la montage. De toute facon, je l'avais obtenue cette autorisation. C'est ce que je me suis evertuee a leur expliquer. Rien a faire. Ils n'en avait pas ete informes. Juste au moment ou ils allaient m'amener au bureau de M. Jaymalin, les travailleuses de Virlanie sont venues a ma rescousse. Finalement, ont-ils explique, ils m'ont arretee parce que ce n'est pas securitaire de se promener seule, camera a la main, dans le bidonville. Si c'etait la vraie raison, un simple avertissement aurait suffit, non?
En terminant, je vous invite a ecouter l'entrevue que j'ai accordee a Paul Therrien, un ancien collegue de l'universite. Elle a ete diffusee le 21 mars dernier sur les ondes de CISM 89,3, lors de l'emission La Levee. Vous pouvez ecouter l'emission en baladodiffusion en cliquant sur le lien situe a droite du blogue.

lundi 19 mars 2007

L'odeur des dechets

Cela fait deja quelques heures que j'ai quitte Payatas et je sens encore l'odeur des dechets qui se decomposent. Probablement qu'a force de vivre dedans, on en vient a ne plus la sentir. En me baladant dans les sentiers etroits et accidentes de Lupang Pangako (expression qui veut dire "terre promise"!), j'ai croise d'autres scavengers qui creusaient dans leur cour. Ils en avaient par-dessus la tete. Quand on voit le nombre effarant de sacs de plastique qui sont encore en etat apres quelques dizaines d'annees, on comprend encore plus la necessite des sacs reutilisables. Certains sacs sont amasses par les scavengers. Mais, pas tous. Seulement ceux faits de plastique de bonne qualite. Un kilo de sacs de plastique rapporte quatre pesos, soit a peine 10 sous.
Je suis decue. Aujourd'hui, je suis allee au sommet de la montagne de dechets. J'ai fait plein de photos de cette fourmilliere. Quelques centaines de scavengers au travail. Mais, a cause de quelques problemes techniques (comme des flammeches qui sortent de la prise d'electricite quand je branche mon portable!), je n'ai pu les telecharger. J'espere pouvoir les partager avec vous demain.
En attendant, voici quelques statistiques sur le depotoir opere par Payatas Operations Group, un organisme gouvernemental relevant de la Ville de Quezon City, une municipalite situee dans la region de Metro Manila:
  • Superficie totale: 22 hectares (incluant les anciennes montagnes).
  • Superficie de la montagne actuelle: 2 hectares.
  • En moyenne 450 camions y dechargent leurs dechets chaque jour.
  • La quantite de dechets recus a Payatas est passe de 2,73 millions de tonnes metriques en 2001 a 2,22 millions en 2005. Depuis 2001, le site ne recoit que les dechets de Quezon City et non plus ceux des autres municipalites de Metro Manila.
  • Pres de 2 500 scavengers detiennent une accreditation. Mais, seulement la moitie sont reellement actifs.

samedi 17 mars 2007

Creuser dans sa cour


En se baladant dans Lupang Pangako, le bidonville de Payatas construit sur l'ancienne montagne de dechets, nous avons croise des gens qui creusaient dans leur cour. Au Quebec, c'est normal. Pas a Lupang Pangako. C'est meme dangereux. Comme la cour ne contient que des dechets en decomposition, des poches de methane se forment dans le sol. Elles peuvent exploser a tout instant.
Mais, cela n'empechait pas Dioreta et ses neveux de creuser derriere la maison. Et ce, cigarette a la main! Dioreta explique que de moins en moins de camions viennent decharger dans le depotoir qui est de plus en plus plein. "Il n'y a plus rien a ramasser sur la montagne, alors on creuse dans la cour pour trouver des choses a revendre", declare-t-elle.
Mere monoparentale, Dioreta a sept enfants a nourrir. La vente de materiaux recyclables est sa seule source de revenus. Or, il est de moins en moins payant d'etre scavenger a Payatas. En un an, les revenus ont chute d'en moyenne 100 pesos par jour a 50. Dioreta en est donc rendue a creuser dans sa cour.

vendredi 16 mars 2007

La montagne de dechets

Avant meme de voir la montagne, on devine sa presence. Sur la route qui mene a Payatas, les camions de dechets se succedent. Les amas de bouteilles, de contenants de plastique et de morceaux de metal s'entassent pres des baraques. Sur plusieurs d'entre elles, cette affiche: "Junk shop". C'est la que les scavengers vendent ce qu'ils trouvent sur la montagne de dechets. Les scavengers habitent tout pres de la montagne de dechets. Ils sont en fait installes sur l'ancienne montagne qu'on a recouverte d'un peu de terre. Les sacs de plastique, les capsules de bouteilles sont partout. Ca sent les dechets qui se decomposent.
Chaque jour, les scavengers grimpent tout en haut des dechets pour amasser tout ce qu'ils peuvent revendre aux junk shops. Situes en bas de la montagne, les junk shops revendent ensuite les materiaux a des entreprises de recyclage. Les scavengers sont bien sur ceux qui font le moins d'argent avec ce commerce. A peine 50 pesos par jour, soit 1,20$. Les enfants de moins de 13 ans ne sont pas autorises a aller sur la montagne. Mais, pour aider la famille a gagner le plus d'argent possible, ils aident a trier ce que leurs parents rapportent.







Enfants de la rue

Des photos des enfants de Divisoria, un quartier de Manille. Beaucoup d'entre eux vivent dans la rue. Les autres squattent des batisses avec leur famille.





jeudi 15 mars 2007

Dans la rue

Aujourd'hui, je suis allee dans la rue. Pas la rue qu'on emprunte pour se rendre au boulot, au resto ou au centre commercial. Non, la rue ou vivent les gens. J'ai accompagne la "mobile school" de la Fondation Virlanie dans le quartier de Divisoria, a Manille. La "mobile school", c'est l'ecole dans la rue pour les enfants de la rue. La plupart d'entre eux vivent sur des cartons, parmi les poulets, les chiens et les dechets. Ils sont couverts de salete. Mais, apres quelques minutes on ne la voit plus. En nous voyant arriver, les enfants ont accouru, se sont bouscules pour me prendre la main et me marteler de questions. Le sourire qu'ils avaient au visage faisait oublier la salete dont ils etaient couverts.
La "mobile school" a aussi un volet sante. En allant examiner un bebe d'un mois, la femme medecin embauchee par la Fondation a trouve sur des cartons une femme a demi-paralysee. Elle etait dans cet etat depuis ce matin, presque incapable de respirer. Elle est partie a l'hopital avec son mari, son frere et le medecin, sur un tricycle. Elle ne s'est peut-etre pas rendue. Elle est peut-etre morte en chemin. Mais, meme si elle a tenu le coup, il n'est pas sur qu'elle puisse etre soignee. L'hopital est gratuit en theorie, mais en pratique, il faut payer les seringues et les medicaments et tous les extras. Les volontaires de la Fondation ont embarque le bebe. Il sera heberge dans une maison pour les jeunes meres et leurs enfants. S'il a de la chance, il reverra peut-etre sa maman.



Ces enfants que j'ai rencontre dans la rue n'y vivront peut-etre pas encore longtemps. Chaque jour, le RAC (Reception Action Center) organise des "massive rescue" lors desquelles sont embarques les gens de la rue, pour nettoyer la ville. Ces gens sont amenes au RAC (voir la photo) qui est gere par la Ville de Manille. Quand des dirigeants etrangers visitent les Philippines, le RAC se remplit. Hier, il etait moins plein qu'a l'habitude. Deux cents personnes... seulement.
Les enfants dorment par terre, dans une cellule d'a peine 90 metres carres. Les adultes, eux, installes sur des lits superposes sans matelas. Beaucoup ont des troubles mentaux ou en developpent lors de leur sejour au RAC. Generalement, ils y sont pour quelques semaines, voire quelques mois, le temps qu'on retrouve leur famille, s'ils en ont une. Mais, plusieurs y restent six mois, voire un an.
Virlanie a amenage une clinique de sante qui permet de traiter les gens du RAC. Gale, tubercoluse, plaies, les problemes de sante sont nombreux. "Quand l'un d'eux a la gale et qu'on reussit a le guerir, ca revient toujours. Dans une telle promiscuite, c'est impossible a enrayer", a souligne Kristel, une educatrice volontaire qui travaille au RAC.
Un enfant a essaye de s'echapper pendant que j'etais la. Mais, ils l'ont rattrape. L'enfant est revenu, en pleurs. Il est au RAC depuis dix jours, mais c'est sont troisieme sejour depuis octobre dernier. A voir l'endroit, on comprend pourquoi il prefere la rue au RAC.
Demain, je vais a Payatas, la decharge publique de Manille ou vivent des milliers de personnes. Je vous raconterai.

lundi 12 mars 2007

Enfin arrivee!

Kumusta ho!
Me voila enfin arrivee a Manille, la capitale des Philippines. J'ai survecu aux 20 heures de vol, en plus des escales, qui separent Montreal de ce pays d'Asie du Sud-Est! Et c'est sans compter les 12 heures de decalage horaire, 13 lorsque le Quebec est a l'heure normale de l'Est. Heureusement, le voyage s'est bien passe. Voyager sur les ailes de Japan Airlines est un charme! Les repas sont delicieux, les hotesses sont courtoises et le the vert japonais coule a flots.
Mon avion s'est pose au Nino Aquino International Airport a 22h30, heure locale. Sur le formulaire de declaration des douanes, on nous rappelle que le trafic de drogues peut entrainer la peine de mort. J'ai pense inevitablement a toutes ces histoires de drogues glissees a l'insu des voyageurs dans les bagages. J'etais devenue paranoiaque. Mais etonnamment, les douaniers ne sont pas tres mefiants. Aucune question sur la duree de mon sejour, ce que je viens faire ici et ce que je transporte dans mes bagages. Moi qui ai fait des pieds et des mains pour obtenir un visa de journaliste et entrer au pays dans les regles!
J'ai rencontre aujourd'hui le president et fondateur de la Fondation Virlanie, Dominique Lemay. La Fondation Virlanie est un ong francais qui travaille aupres des enfants de la rue aux Philippines. Une employee de l'organisme m'a fait visiter quelques-unes des 13 maisons qu'operent l'organisme. L'une s'adresse aux jeunes filles victimes d'abus sexuels, une autre aux jeunes meres rejetees par leur famille, une autre aux jeunes garcons de la rue. Virlanie oeuvre aussi aupres des enfants de Payatas, cette decharge publique de Manille qui fera l'objet de mon reportage.
Les Blancs sont plutot rares a Manille. Impossible de se promener incognito dans la rue. Les enfants viennent te voir, les gens te demandent de les prendre en photo. Il y a aussi ces conducteurs de tricyles (des motos servant de taxi) qui veulent te vendre une promenade. Ce n'est pas parce qu'on est blanc qu'on ne peut pas marcher! Mais, les Philippins sont surtout tres accueillants. Ce regard qu'ils te jettent dans la rue en est toujours un de bienvenue.
Vous aurez surement remarque l'absence d'accents dans mon texte. Rassurez-vous, le decalage horaire ne m'a pas fait perdre mon francais! C'est plutot le clavier qui n'en possede pas. Soyez indulgents!