jeudi 15 mars 2007

Dans la rue

Aujourd'hui, je suis allee dans la rue. Pas la rue qu'on emprunte pour se rendre au boulot, au resto ou au centre commercial. Non, la rue ou vivent les gens. J'ai accompagne la "mobile school" de la Fondation Virlanie dans le quartier de Divisoria, a Manille. La "mobile school", c'est l'ecole dans la rue pour les enfants de la rue. La plupart d'entre eux vivent sur des cartons, parmi les poulets, les chiens et les dechets. Ils sont couverts de salete. Mais, apres quelques minutes on ne la voit plus. En nous voyant arriver, les enfants ont accouru, se sont bouscules pour me prendre la main et me marteler de questions. Le sourire qu'ils avaient au visage faisait oublier la salete dont ils etaient couverts.
La "mobile school" a aussi un volet sante. En allant examiner un bebe d'un mois, la femme medecin embauchee par la Fondation a trouve sur des cartons une femme a demi-paralysee. Elle etait dans cet etat depuis ce matin, presque incapable de respirer. Elle est partie a l'hopital avec son mari, son frere et le medecin, sur un tricycle. Elle ne s'est peut-etre pas rendue. Elle est peut-etre morte en chemin. Mais, meme si elle a tenu le coup, il n'est pas sur qu'elle puisse etre soignee. L'hopital est gratuit en theorie, mais en pratique, il faut payer les seringues et les medicaments et tous les extras. Les volontaires de la Fondation ont embarque le bebe. Il sera heberge dans une maison pour les jeunes meres et leurs enfants. S'il a de la chance, il reverra peut-etre sa maman.



Ces enfants que j'ai rencontre dans la rue n'y vivront peut-etre pas encore longtemps. Chaque jour, le RAC (Reception Action Center) organise des "massive rescue" lors desquelles sont embarques les gens de la rue, pour nettoyer la ville. Ces gens sont amenes au RAC (voir la photo) qui est gere par la Ville de Manille. Quand des dirigeants etrangers visitent les Philippines, le RAC se remplit. Hier, il etait moins plein qu'a l'habitude. Deux cents personnes... seulement.
Les enfants dorment par terre, dans une cellule d'a peine 90 metres carres. Les adultes, eux, installes sur des lits superposes sans matelas. Beaucoup ont des troubles mentaux ou en developpent lors de leur sejour au RAC. Generalement, ils y sont pour quelques semaines, voire quelques mois, le temps qu'on retrouve leur famille, s'ils en ont une. Mais, plusieurs y restent six mois, voire un an.
Virlanie a amenage une clinique de sante qui permet de traiter les gens du RAC. Gale, tubercoluse, plaies, les problemes de sante sont nombreux. "Quand l'un d'eux a la gale et qu'on reussit a le guerir, ca revient toujours. Dans une telle promiscuite, c'est impossible a enrayer", a souligne Kristel, une educatrice volontaire qui travaille au RAC.
Un enfant a essaye de s'echapper pendant que j'etais la. Mais, ils l'ont rattrape. L'enfant est revenu, en pleurs. Il est au RAC depuis dix jours, mais c'est sont troisieme sejour depuis octobre dernier. A voir l'endroit, on comprend pourquoi il prefere la rue au RAC.
Demain, je vais a Payatas, la decharge publique de Manille ou vivent des milliers de personnes. Je vous raconterai.

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